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JUSQU'OÙ le
PS va-t-il s'enfoncer dans la
crise ? L'élection dans la nuit de vendredi à samedi avec 50,02 % de
Martine Aubry au poste de premier secrétaire n'est pas acceptée par sa rivale Ségolène Royal. La tension est donc montée d'un cran à l'issue de ce second tour qui aggrave la fracture entre la maire de Lille et ses alliés (Bertrand Delanoë, Benoît Hamon et Laurent Fabius) et l'ex-candidate à l'élection présidentielle.
1 Un parti coupé en deux. C'est comme si le PS jouait la guerre froide en interne, bloc contre bloc. D'un côté, les troupes qui se sont lentement coalisées depuis le vote sur les motions le 6 novembre autour de la maire de Lille. De l'autre, les partisans de Royal. Comme un parfum du fratricide congrès de Rennes qui avait mis face à face en 1990 Lionel Jospin et Laurent Fabius. Le parti avait alors mis près de dix ans à s'en relever. La déchirure actuelle n'est que l'épilogue du congrès de Reims qui a vu s'affronter (sur fond de préparation de la présidentielle de 2012) deux lignes politiques. Celle, ancrée à gauche, de la maire de Lille, opposée à toute alliance nationale avec le centre et favorable à un parti classique de militants. Contre celle défendue par Ségolène Royal : souplesse dans les alliances et parti de masse à l'américaine. Deux projets qui apparaissent aujourd'hui difficilement conciliables.
2 L'ingouvernabilité. « Le PS dirigé à 50-50, c'est une folie, personne n'y a intérêt. » Le député du Doubs, Pierre Moscovici, voit triompher sa thèse de l'ingouvernabilité du parti par des présidentiables. En cause, la contradiction entre, d'un côté, l'usage du scrutin majoritaire pour la désignation du premier secrétaire et, de l'autre, la proportionnelle intégrale pour les instances de direction. « Cette formule qui mélange V e et IV e République ne fonctionne pas, on vient de la vérifier en grandeur nature », reconnaît le jospiniste Bernard Poignant.
3 Un besoin criant de transparence. La violence et l'enjeu de l'affrontement Aubry-Royal a montré l'usure des règles du jeu interne du PS. Erreurs de transcription des résultats, PV non signés, « oublis » de certains votes d'outre-mer… Une cascade d'irrégularités, dans chacun des deux camps, hypothèque gravement le résultat final qui, hier matin, ne tenait qu'à 42 petites voix. « On veut passer l'aspirateur, tout nettoyer », affirme l'eurodéputé ségoléniste Vincent Peillon. Face aux accusations de triche, le camp Aubry dénonce une opération d'intoxication visant à instiller le doute sur la sincérité du vote.
4 Un nouveau vote pour en sortir ? Lundi, les spécialistes du parti examineront à la loupe les contentieux. Cette fois, les arrangements en coulisses seront plus difficiles. Le lendemain, c'est le conseil national (le parlement du parti), où Royal n'est pas majoritaire, qui doit valider ou non le résultat du vote du 21 novembre. D'ores et déjà, l'ex-candidate à la présidentielle exige un nouveau second tour « incontestable ». Mais ce serait une nouvelle épreuve pour les militants, déjà las après trois votes en quinze jours. « Cela n'a pas de sens de revoter, ni demain ni après-demain », s'oppose François Hollande. Mais s'ils n'obtiennent pas satisfaction, Royal et ses amis jurent de saisir les tribunaux.
5 Dégâts dans l'opinion. La droite assiste goguenarde à l'autodestruction du PS. « Le président nous a dit : ne perdez pas votre temps à taper sur les socialistes pour les affaiblir, ils s'en chargent très bien tous seuls », confie un conseiller de l'Elysée. L'image du PS va encore se dégrader, en pleine crise économique. Et le parti pourrait payer l'addition dans sept mois lors des élections européennes. Quelle qu'elle soit, la première secrétaire a du souci à se faire.