« Indigène évolué ». Voilà ce que l'on pouvait lire, formule administrative officielle, dans les années 1940, sur la carte d'identité d'un Noir qui avait fait ses études en
France. L'anecdote figure, parmi des dizaines d'autres, dans le passionnant
documentaire en trois épisodes de Pascal Blanchard et Juan Gélas, « Noirs de
France », que France 5 diffuse à partir de ce soir à 22 heures. Blanchard, historien, a aussi conçu avec Lilian Thuram l'exposition « Exhibitions », sur les zoos humains, qui triomphe actuellement au musée du Quai Branly. Le film montre des extraits de ces « villages nègres » au jardin d'Acclimation, où les Parisiens du début du XXe siècle se rendaient en famille comme aujourd'hui à Disney. Ils jetaient des pièces dans le bassin où plongeaient les représentants, petits et grands, des colonies africaines, pour les récupérer. On en comprend d'autant mieux les propos de Pascal Légitimus, l'ex des Inconnus, évoquant son aïeul Hégésipe Légitimus, député de Guadeloupe en 1898, qui a transmis à sa descendance la dignité et « la fierté d'être noir », contre toutes les offenses.
Il est rarissime aussi, dans un documentaire sociétal et historique, d'écouter les analyses d'historiens et de sociologues noirs aussi bien que blancs. Pour le coup, une minorité dite visible le devient pour de bon, pas seulement à travers des témoignages d'anonymes et de people mais aussi d'intellectuels. Au générique, les images défilent, des tirailleurs sénégalais de la Première Guerre mondiale à la victoire de Yannick Noah à Roland-Garros en 1983. « Le temps des pionniers (1889-1940) », ce soir, sera suivi du « Temps des migrations (1940-1974) », la semaine prochaine, puis du « Temps des passions (de 1975 à aujourd'hui) ». Le temps consacré par le télespectateur à ce film important, cinquante-deux minutes trois dimanches de suite, ne sera pas perdu.