Leur
tour de France s'est achevé jeudi à Rennes. Frédéric Thiriez et Jean-Pierre Escalettes, présidents de la Ligue et de la
Fédération, avaient entamé cette tournée des stades le 15 mai à Lille. Deux mois et demi de visites chez les seize villes candidates effectuées au pas de charge. Depuis le 13 février, la
France souhaite organiser l'Euro 2016 et c'est dans moins d'un an, le 27 mai 2010, qu'on connaîtra le nom de l'heureux élu.
L'Italie, le duo Suède-Norvège et la Turquie sont sur les rangs. De l'Etat aux clubs en passant par les municipalités et les partenaires économiques (on évoque un investissement total de 2,5 milliards d'euros financés à la fois par une contribution publique et privée), la mobilisation est générale. Après l'Euro 1984 et le Mondial 1998, dernières épreuves organisées et remportées sur son sol, la France rêve d'un triplé historique.
Les raisons d'une candidature.
Plus d'une décennie après la victoire en Coupe du monde, les dirigeants du foot français se sont rendus à l'évidence : la France connaît un grand retard en matière d'infrastructures. Le Mondial 1998 n'aura été qu'un simple rafistolage, seul le Stade de France étant sorti de terre à cette occasion. Un constat d'échec par rapport, par exemple, à l'Allemagne, qui a profité de son Mondial 2006 en érigeant des stades flambant neufs. Aux yeux des décideurs français, organiser une telle épreuve représente une occasion unique de rattraper le retard accumulé sur le plan économique. Les clubs pourront dégager enfin des bénéfices en s'émancipant de la tutelle de leurs villes. « Le ticket clubs-collectivités locales est plus fort qu'en 1998, précise un expert. Cette candidature constitue plus un enjeu technique que politique. »
Les acteurs du projet. Tout est parti de la commission des stades créée par Frédéric Thiriez fin 2007 et animée par Philippe Séguin, président de la Cour des comptes. Le rapport de cette commission a permis de dresser un état des lieux et de définir un cadre de travail. Homme des candidatures réussies (JO d'hiver 1992, Mondial 1998), Jacques Lambert, directeur général de la Fédération, a ensuite pris le relais avec un objectif clair. « On a tenu à respecter tous les critères, déclarait-il récemment. On ne veut pas être un candidat bidon comme on a pu en voir récemment. » Allusion à peine voilée à l'erratique tandem Ukraine-Pologne chargé d'accueillir l'Euro 2012. Quant à Thiriez et à Escalettes, ils se sont pris au jeu, leur numéro de duettistes étant bien rodé, entre flamboyance et sobriété.
L'Italie, principal adversaire. Présentées comme les grands favoris, la France et l'Italie, les frères ennemis du foot européen, pourraient encore se retrouver en finale à l'occasion de cette candidature. Pour les Italiens, cet Euro 2016 revêt aussi un caractère d'urgence : leurs stades sont vieillissants et le Calcio fait moins recette. « Ils possèdent des stades de grande capacité, mais en moins bon état, confirme un observateur. Leur volonté de construire de nouvelles enceintes semble moins tranchée que celle des Français. » Toujours est-il qu'au pays des champions du monde en titre (qui ont accueilli l'Euro 1980 et le Mondial 1990), l'ambition d'être le centre du foot européen dans sept ans est clairement affichée. « On peut perdre à cause des stades, mais on ne gagnera pas uniquement avec eux », prévient Jacques Lambert. Rendez-vous le 27 mai 2010 où il s'agira de convaincre les quinze membres du comité exécutif de l'UEFA. Ce n'est pas gagné : le cahier des charges contient cinq cents pages…