Jeu du foulard, de la tomate, de la serviette de la grenouille… Sous ces noms plutôt sympas se cachent des jeux d'évanouissement où les jeunes s'étranglent ou bloquent leur respiration jusqu'à parfois perdre connaissance. Pour la première fois, une
enquête Ipsos, financée par le ministère de la
Santé, a été réalisée pour l'Association de parents d'enfants accidentés par strangulation (Apeas) auprès de 1012 enfants âgés de 6 à 15 ans. Des résultats, qui selon l'Apeas, montent la nécessité d'une prévention précoce ainsi que le lancement d'une véritable enquête épidémiologique. Aucun chiffre précis n'existe en effet actuellement sur le nombre de victimes de ces pratiques, car elles sont souvent classées en accident ou en
suicide. Les seules données dont elle dispose sont les cas dont elle a connaissance : soit 16 ou 17 décès en moyenne par an en moyenne depuis 2000. Tour d'horizon des principaux points de l'étude.
Les conséquences graves sont assez largement méconnues. 51% des enfants n'ont pas le sentiment qu'en jouant à ces jeux, ils risquent de mourir, 63% qu'ils risquent d'abîmer leur cerveau, 73% qu'ils peuvent convulser et 75% qu'ils peuvent rester handicapés. Un signe fort pour Catherine Vince, vice-présidente de l'Apeas, qui justifie à lui seul la mise en œuvre d'une vraie politique de prévention au sein même des programmes scolaires : « Il faut que les enfants soient informés des risques que représentent l'obstruction de la respiration dès le CE2, car on s'aperçoit que c'est à ce niveau que les enfants commencent à connaître ce type de jeu, estime cette mère de famille. Les cours de biologie sur le cerveau, le cœur pourraient être le moment parfait pour aborder ce sujet. »
Près de deux enfants sur trois connaissent au moins un jeu d'évanouissement ou d'apnée.Parmi les quatorze « jeux » testés dans cette enquête, le jeu du foulard (51%) et le jeu de la tomate (34%) sont les plus connus. C'est essentiellement à l'école primaire, en classes de CE2, CM 1 et CM 2 que l'on a entendu parler de ces « jeux » pour la première fois, essentiellement par le biais de copains (71%). Un enfant sur quatre a déjà vu quelqu'un jouer à un jeu d'apnée ou d'évanouissement. Dans la quasi-totalité des cas, ils l'ont vu dans la cour de récréation de l'école.
Un enfant sur dix y a déjà joué. Cette pratique est un peu plus le fait des garçons que des filles mais concerne toutes les tranches d'âge et tous les milieux sociaux. La très grande majorité d'entre eux l'a fait avec des copains, essentiellement à l'école. La moitié de ces enfants le font pour faire comme les amis et parce que c'est la mode, 32% parce que c'est rigolo, 16% parce que ce jeu procure des effets particuliers, bizarres. Un sur dix y a joué tout seul. C'est dans ce cas de figure qu'il semble y avoir le plus de décès car personne n'est là pour arrêter la pression en cas d'évanouissement. C'est le drame qu'a connu la maman d'Enzo. En juin dernier, cette quadragénaire a découvert son enfant de 10 ans inanimé devant son lit superposé : « Si ça peut arriver à notre fils, ça peut arriver à tout le monde. Je pense qu'il a agi par curiosité. Il faut oser parler des risques. »