A 24 ans,
Eric Besson se voit haut fonctionnaire ou diplomate, mais le jeune diplômé de Sciences-po est recalé à l'oral de l'ENA. Le jury le prend de haut, finit par lui reprocher son arrogance. « Vous avez l'échine raide », insiste un examinateur. Blessé de se voir ainsi écarté de la voie royale, il emprunte 15 000 F à sa grand-mère et s'offre un tiers de page dans « le Monde ». « J'ai échoué à l'ENA », annonce-t-il en caractère gras, le 15 février 1983. « Le jury a estimé que je ne correspondais pas aux critères qui font un bon haut fonctionnaire (…). Je ne crois pas que l'Etat soit le seul à satisfaire l'intérêt général (…). Les entreprises peuvent y concourir aussi », écrit-il.
« Je pars à chaque fois que je me lasse »
« C'était un pavé ! Provocateur et impertinent », se souvient le conseiller en communication Pierre Giacometti, dont la société compte aujourd'hui l'Elysée parmi ses clients, et qui rencontre Besson à cette époque. Au bas de l'annonce, l'impertinent laisse ses coordonnées. « Plutôt que d'envoyer des CV, j'avais envie de recevoir des centaines de propositions. » En pleine
crise, on lui propose une soixantaine de postes. « L'Afrique, ça vous dit ? » lui demande le directeur des ressources humaines de
Renault VI (véhicules industriels). « J'ai signé pour les pays les plus durs », raconte le ministre. Il part en Angola, au Mozambique, en Guinée-Bissau « vendre des flottes de camions ou des usines clés en main ». Au bout d'un an et demi, il s'installe en Chine. « A l'époque, je n'ai pas d'enfant. Je pars à chaque fois que je me lasse. » De retour en France, il s'essaie au journalisme, crée une boîte de chasseurs de tête qu'il dirige pendant cinq ans, avant de rencontrer Jean-Marie Messier et de toucher de l'or en proposant des emplois aux jeunes des quartiers.