C’est en revenant d’un
hôtel époustouflant découvert en Thaïlande que je me suis fait la réflexion suivante: pourquoi le voyage finit-il souvent par être vécu comme une figure imposée? Qu’est-ce qui contraint le voyageur moderne à se sentir investi de la mission, quasi obligatoire, de jeter son dévolu sur les destinations courues et donc rassurantes?Pourquoi Bali quand il nous vient l’idée de partir en Indonésie? Pourquoi absolument Phuket en Thaïlande? Pourquoi Shanghai en Chine? Sur la route du retour du Soneva Kiri, un opus hôtelier «ovniesque» de la chaîne Six Senses, j’essayais de comprendre en quoi cette marque d’hôtel avait su imposer un style unique dans son approche des vacances.
La réponse est simple: le respect des décors, l’appropriation des valeurs locales, la science du détail et de forts partis pris de design, quitte à déplaire.
L’Asie c’est d’abord un décor, une épreuve aussi, un peu d’invraisemblance dans ce qu’elle peut avoir de pur et de fort, un brin de fatigue, des contrastes frappants entre le naturel et quelques hypertrophies design, un paradis qui succède à quelques enfers, des enclaves vierges voisinant avec les soubresauts de la bêtise touristique. Cette fois, nous avons donc songé à privilégier ce besoin d’extase que fait naître, dans la
tête du voyageur, ce qu’il n’attend pas. Une Asie en mode surprise, des hôtels qui zappent la notion standardisée du luxe, qui ne se regardent pas le nombril pensant avoir réinventé l’art de la réception avec un jus de fruit frais à l’arrivée, un collier de fleurs ou l’écran plat plasma au bout de votre lit. Non, des hôtels qui peaufinent le détail, qui achèvent l’impensable : faire des lieux quelque chose qui ne ressemble à nulle part.