Un bébé, souffrant de déficience immunitaire sévère et en attente d'une greffe de moelle osseuse, est au centre d'un invraisemblable imbroglio entre l'Algérie et la
France. Des directions d'hôpitaux français refusent en effet de prendre en charge l'opération qui pourrait le sauver alors qu'elle ne peut avoir lieu dans son pays faute de structure adaptée. En cause : l'intervention est coûteuse et la Sécu algérienne doit déjà des millions d'euros aux établissements de soins français.
C'est un terrible compte à rebours qui se joue, entre les quatre murs d'une pièce transformée en bulle sanitaire, dans un appartement d'Alger. Le petit Manil Blidi, 8 mois, y est confiné depuis près de six mois avec Safia, sa maman, dont seul le lait peut le nourrir sans danger.
Manil souffre d'un cas extrêmement sévère de déficience immunitaire : le moindre microbe, la moindre bactérie ou le plus petit virus qui l'atteindraient pourraient, immédiatement, lui être fatal. Cette maladie héréditaire, transmise aux garçons de la fratrie, a déjà tué Zakari, son frère aîné, en 2010, alors qu'il n'était âgé que de 7 mois.
Il suffirait pourtant que Manil subisse une greffe de moelle osseuse avec un donneur compatible pour être sauvé. Mais voilà, si le donneur a déjà été trouvé — sa sœur aînée, Manel, 5 ans, est à 100 % compatible avec son petit frère — ce type d'intervention chirurgicale ne peut avoir lieu en Algérie, faute de structure médicale adaptée et d'équipe chirurgicale assez qualifiée.
En novembre dernier, les autorités sanitaires algériennes ont donc donné leur accord aux Blidi pour que leur benjamin soit opéré à l'étranger. Sollicitées en vertu d'une convention unissant l'Algérie à la
France, trois équipes médicales françaises, à Marseille,
Lyon et Strasbourg, se tiennent prêtes à accueillir Manil, l'opérer et l'accompagner pendant les longs mois de traitement qui suivront.
Cependant, si du côté médical, le feu est vert, c'est du côté administratif qu'il passe au rouge. « La France ne veux pas accueillir Manil en raison de la dette hospitalière algérienne, résume Me Alain Garay, conseil français de la famille. Pour parler clairement, la sécurité sociale algérienne doit des millions d'euros à la France en soins médicaux impayés, et notre petit Manil est pris en otage dans cette histoire. » La responsable administrative d'un hôpital français contacté par les Blidi confirme que, vu les impayés accumulés par l'Algérie, son établissement ne souhaite pas accueillir le bébé… L'avocat a envoyé, en début de semaine, un courrier au président de la République, Nicolas Sarkozy, espérant qu'il plaidera en faveur de l'enfant.
Mouloud Blidi, le papa de Manil, consultant financier, ne veut pas qu'il y ait d'ambiguité dans cette démarche : il est « hors de question » de demander à la France de prendre en charge cette opération, dont le montant est, en fonction des établissements, de 200 000 à 300 000 €. « C'est la sécurité sociale de mon pays, auprès de laquelle j'ai cotisé pendant dix-huit ans, et ma femme pendant 10 ans, qui doit régler cette affaire. Il faut que les deux pays s'entendent pour sauver mon fils… »
Cet homme, qui ne peut même pas dormir avec son épouse, « incarcérée » 24 heures sur 24 dans la bulle aseptisée de son fils, s'est lancé dans un « combat de titan », en mobilisant des comités de soutien bien au-delà de l'Algérie, espérant récolter par lui-même les fonds nécessaires à l'intervention de son fils. Pour l'heure, 50 000 € ont déjà été réunis. « Mais le temps file, et selon les plus éminents spécialistes, Manil pourrait bien ne pas souffler sa première bougie, le 25 avril prochain », avertit son papa. Pour ne pas avoir cette date en tête, et parce que c'est désormais une question de semaines, il a donc retiré tous les calendriers de son appartement.