Bosseuse, déterminée et concentrée à l'extrême. « MasterChef » ne pouvait rêver meilleure gagnante qu'Anne Alassane pour sa première édition en 2010, qui se voulait concours culinaire plutôt qu'émission de téléréalité. Pas d'histoires de popularité ou de tchatche qui auraient pu faire croire que la victoire était, au fond, un peu volée.
Pendant les trois mois de tournage de la saison 1, Anne, 33 ans à l'époque, n'a montré qu'un seul visage, celui du travail. « Elle était réservée, discrète, tellement dans sa gagne qu'elle était presque détachée des autres, raconte le juré Frédéric Anton. Pendant qu'ils papotaient, elle bossait. Dans l'avion, le train, elle était toujours plongée dans ses livres. » Ou dans ses casseroles, même quand rien ne l'y obligeait. Comme cette fois où, prise en défaut sur une recette de ravioles jusqu'à risquer l'élimination, elle a sauvé sa place. Puis attendu ses rares moments de liberté entre les épreuves suivantes pour cuisiner et recuisiner encore ces maudites ravioles jusqu'à les maîtriser à la perfection, puis les réinterpréter à sa façon et enfin les servir quelques mois plus tard, à la table de Pays'Anne, sa ferme-auberge à Montauban ouverte en novembre 2010. La jeune femme n'avait même pas encore gagné le concours culinaire de TF1, mais déjà vécu plusieurs vies.
Une enfance en Centrafrique avec ses parents membres de l'Education nationale, l'ouverture à 19 ans d'un centre équestre en pleine brousse au Burkina Faso. Puis la rencontre avec son futur mari, Issifou, au Bénin, avec qui elle gérera un bar-restaurant, avant de rentrer en France en 2002. A la tête d'une famille recomposée de six enfants, le couple retapait depuis 2005 une ferme délabrée rachetée par Anne à ses grands-parents.
Elle crée le domaine de ses rêves
Pierre par pierre, Anne crée le domaine de ses rêves et apprend le métier d'agricultrice tout en menant à terme les grossesses de Louise et Rose, ses deux benjamines. Vaches, agneaux, volaille et produits bio, la brune discrète produit et élève elle-même sa matière première, destinée à être servie quotidiennement à une cinquantaine de convives. Persuadée de perdre « MasterChef », obligée d'attendre plusieurs mois pour connaître le verdict après la fin du tournage, Anne s'était inscrite à un CAP de cuisine et avait contracté un emprunt par le biais de son père pour pouvoir ouvrir son restaurant quoi qu'il arrive… Les 100000 €, les six mois de formation chez Lenôtre et la publication de son livre de cuisine sont presque arrivés comme un luxe, sur une machine tournant déjà à plein régime. Un trophée pour une terrienne peu sûre d'elle et dure au mal. Qui aujourd'hui, confrontée à la plus grande douleur possible, suscite autant l'admiration que l'émotion.
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Le Parisien
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