Rien de moins qu'une «récupération politique mal venue». Vendredi, la
fédération textile
CGT n'a pas mâché ses mots à l'encontre de
Nicolas Sarkozy, qui recevait à l'Elysée sept ouvrières de l'usine Lejaby d'Yssingeaux (Haute-Loire). Soulignant que 350 emplois du fabricant de lingerie restent à sauver, le syndicat a notamment accusé le chef de l'Etat de mener une opération médiatique sur ce dossier.
Si le sort des 93 salariés d'Yssingeaux semble être réglé, celui des sites Lejaby de Rillieux-la-Pape (Rhône), Bellegarde, Bourg-en-Bresse (Ain) et de Teil (Ardèche) ne le sont pas, rappelle la CGT. Les deux usines de l'Ain et celle d'Ardèche, qui employaient au total quelque 200 salariés, ont fermé fin 2010. A Rillieux, 150 emplois doivent disparaître, suite à la reprise mi-janvier de la société de lingerie en liquidation par un consortium mené par Alain Prost. Les productions sont petit à petit parties à l'étranger.
Les ouvrières se veulent prudentes
«Devant le refus de recevoir les déléguées des différents sites, la fédération est en droit de s'interroger fortement sur le sens profond du show à l'Elysée», dit la CGT. La prudence est aussi de mise du côté des ouvrières reçues par Nicolas Sarkozy. Evoquant notamment le cas de l'aciérie de Gandrange, «où les emplois qui devait être sauvés ont finalement été supprimés», les salariées ont déclaré vouloir rester «vigilantes». Au lendemain de l'annonce par Laurent Wauquiez et LVMH de la reprise de leur atelier par un sous-traitant du groupe de luxe, les ouvrières refusaient aussi une quelconque récupération : «C'est notre lutte qui a payé», insistait vendredi matin la délégation de sept femmes.
La CGT a par ailleurs demandé aux pouvoirs publics d'étudier «sérieusement et rapidement» les propositions des différents repreneurs. «Les repreneurs qu'on a pu identifier (pour la reprise du site, ndlr) seront utilisés pour essayer de revitaliser et de recréer de l'emploi là où il a été perdu», a promis Laurent Wauquiez à l'issue de la rencontre à l'Elysée. Le ministre du Travail Xavier Bertrand, qui assistait aussi à la réunion a abondé en ce sens : «On a beaucoup parlé de Rillieux-La-Pape, c'était le souhait des représentantes du personnel, c'était aussi le voeux du président de la République.»