Hier à l'aube, les murs de l'Elysée ont tremblé. En allumant sa radio,
Nicolas Sarkozy pique une colère noire. Sur Europe 1, un reportage l'accuse d'avoir fait rameuter des ouvriers pour faire nombre lors de sa visite d'un chantier de construction de logements dans l'Essonne, la veille. « Des mensonges! Un pur montage! » rétorque Franck Louvrier, son conseiller en com, tandis que le
socialiste Claude Bartolone décerne « l'Oscar de la meilleure mise en scène » au président. Mais que s'est-il donc passé?
Lorsque le chef de l'Etat, venu en hélicoptère de Paris, arrive jeudi sur le chantier à Mennecy, une centaine de personnes, des ouvriers en tenue et des cadres équipés de casques, l'attendent en rang d'oignons. Il y a là des spécialistes du béton, des coffreurs, des plaquistes, des salariés de partenaires et de sous-traitants. « Bon courage pour travailler en plein air comme ça », lance Sarkozy. Il fait - 8 oC. « En dessous de zéro, on ne coule pas de béton », glisse-t-il, jouant les connaisseurs.
A l'Elysée, on admet que seule une trentaine d'ouvriers travaille actuellement sur ce site, qui n'en est qu'au stade du gros œuvre. « Il est vrai qu'il y avait des gens sur la visite qui ne sont pas là tous les jours », concède un conseiller. C'est le maître d'ouvrage, l'Immobilière 3 F, qui aurait fait le casting en adressant quinze jours plut tôt au palais une liste de 67 ouvriers et 30 cadres environ. Tous invités « par courtoisie républicaine », explique la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, présente. « Mais tous ces gens ont vocation à travailler un jour sur ce chantier », martèle l'Elysée. « C'est fou de croire qu'on fait de la mise en scène! Oui, c'est organisé, oui on dit aux gens : Attention, le président vient, mais on n'embauche personne! » s'offusque un conseiller, « ulcéré ».
Autre curiosité, les ouvriers semblaient bien désœuvrés. Et pour cause : le chantier était ce jour-là à l'arrêt. Trop froid. Ce qu'a d'ailleurs relevé Sarkozy devant les micros : « Donc le chantier est arrêté, là? » Une démonstration de la bétonneuse a été annulée. Le parcours du chantier achevé, le presque candidat a rejoint Longjumeau, où 3000 invités l'attendaient. Meeting ou discours sur le logement? Dans la salle, pleine à craquer, fusaient des encouragements : « Nicolas! Nicolas! »
Ce n'est pas la première fois que l'Elysée est suspecté de sélectionner des militants UMP ou des salariés conciliants. En septembre 2009, lors de la visite d'une usine Faurecia en Normandie, des ouvriers et syndicalistes avaient indiqué que des employés venus d'autres sites avaient été rameutés pour faire masse. Une femme avait même expliqué avoir été choisie pour sa petite taille. « Vous nous voyez passer les ouvriers sous la toise? » s'étrangle un conseiller, qui évoque « des fantasmes ». « On ne caste personne, jamais! »
Au final, le président devait avoir quelques regrets hier. Vu la météo épouvantable annoncée pour jeudi, son équipe lui avait proposé de différer la visite. Il avait refusé.