Il y a soixante ans, le 11 février 1950, le salaire minimum interprofessionnel garanti - le fameux smig - voyait le jour. Une véritable révolution concoctée par Paul Bacon, le ministre du Travail, visant à garantir aux salariés français un revenu minimum. Dans un pays en pleine reconstruction, où le plein-
emploi est une réalité, la mesure passe relativement inaperçue. Elle est même contestée par la gauche (les communistes et les socialistes votent contre la loi), qui y voit un frein à la progression des salaires… Nouvelle garantie, le smig ne concerne à ses débuts qu'une part infime de la population : à peine 2 % à la fin des années 1960.
10 % des salariés
Tout change durant la décennie 1970, celle où le smig devient le
smic (voir ci-dessous), et où la
crise économique frappe de plein fouet le pays. Le nombre de smicards ne cesse de croître, pour atteindre le niveau record de 16 % des salariés en 2005, soit 2,5 millions de personnes… Depuis, la plupart des entreprises ont lancé des négociations salariales, ce qui a mécaniquement entraîné une hausse des rémunérations et réduit la proportion de personnes payées au smic. Il reste que, malgré ce recul, on dénombre toujours 1,6 million de personnes, soit 1 salarié sur 10 du secteur privé. Aujourd'hui, « le smic fait partie intégrante du modèle social français », comme le souligne Yannick L'Horty, économiste spécialiste de l'emploi (voir interview). Rempart contre les inégalités salariales, il suscite cependant toujours le débat. Trop élevé pour les uns, pas assez pour les autres… Il n'empêche ! Il reste un filet de sécurité essentiel pour les catégories modestes de la population, même si, avec 1 056,24 € net aujourd'hui par mois, la vie est difficile. Sa suppression n'est donc pas à l'ordre du jour. « La position du gouvernement est simple : pas question de renoncer au smic, mais pas question non plus de renouer avec les coups de pouce antérieurs », explique le très influent conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie. Le smic à 1 500 € , promis par Ségolène Royal durant la campagne pour la présidentielle de 2007, n'est pas pour demain…