Une «formidable promesse» pour l'industrie et la technologie françaises : c'est ainsi que Gérard Longuet, ministre de la Défense, interrogé mercredi par Canal +, a qualifié la perspective de signature avace l'Inde d'un contrat portant sur la ventes de 126 avions Rafale. Le terme de promesse ne doit rien au hasard. Il a fallu cinq années d'une compétition féroce pour que Dassault soit été préféré au consortium européen Eurofighter pour entrer en négociations exclusives avec les autorités de New Dehli. Et la sélection du groupe français marque le début d'un long processus jusqu'à la conclusion définitive de ce contrat de près de 10 milliards d'euros, l'un des plus importants jamais signés par la Défense indienne.
Le secrétaire d'Etat français au Commerce extérieur, Pierre Lellouche, a reconnu mardi qu'«un certain nombre de choses restent à finaliser». Et le fournisseur recalé, Eurofighter; insiste sur le fait qu'il s'agit «à ce stade d'une signature de contrat et que des négociations doivent encore avoir lieu». A l'issue du Conseil des ministres,
Valérie Pécresse a déclaré que la
France avait «bon espoir» de conclure dans «les six ou neuf prochains mois».
«Le bénéfice pour la
France risque d'être limité»
Les experts internationaux se montrent prudents dans leurs premières analyses, en décalage avec les réactions au sein de la majorité gouvernementale. «Le soutien politique français a été essentiel pour appuyer la candidature du Rafale et c'est une grande victoire pour le président Nicolas Sarkozy (...). Reste à négocier la coopération industrielle», souligne ainsi Endre Lunde, consultant au sein du cabinet de conseil en aérospatial, défense et sécurité, IHS Jane's. «L'Inde est très exigeante concernant le niveau de participation qu'elle demande pour son industrie locale et le bénéfice économique pour la France sur le long terme risque d'être au final limité», ajoute-t-il.
Ce contrat inclut une clause de compensation de 50%, ce qui signifie que Dassault devra s'approvisionner à hauteur de la moitié du montant des ventes auprès de l'industrie indienne de la défense. Selon les observateurs, l'Inde devrait en outre être en position de force pour négocier ce contrat, alors que le groupe français attend depuis des années d'être choisi.
«Les Français savent que le montant de l'appel d'offres peut monter à près de 20 milliards de dollars et ils ne se tireront pas une balle dans le pied parce que ce contrat sauve Dassault, crée de l'emploi et stimule leur économie», résume Kapil Kak, directeur d'un cercle de réflexion sur l'aviation militaire, Air Power Studies. Un général de l'armée de l'air à la retraite souligne que «l'Inde va négocier ferme et la France le sait. Dassault sera plus enclin à accepter les demandes aujourd'hui qu'il y cinq ans à cause de la récession dans les économies européennes».
L'exemple d'Eurocopter, recalé in extremis en 2007
Un coup de théâtre reste donc possible. En décembre 2007, New Delhi avait ainsi annulé un appel d'offres de 600 millions de dollars remporté par le fabricant européen d'hélicoptères Eurocopter, filiale d'EADS, pour équiper l'armée de 197 appareils militaires. L'Inde avait dénoncé des irrégularités dans le processus d'attribution à la suite d'allégations de "corruption" dans la presse. Eurocopter, préféré à l'américain Bell, avait démenti ces accusations.
L'appel d'offres pour les 126 avions de chasse, lancé en 2007, a également donné lieu à des retournements de situation : en avril 2009, l'Inde avait annoncé que Dassault était exclu de la compétition, au motif que le Rafale n'avait pas rempli tous les critères requis lors des évaluations techniques. Cinq semaines plus tard, l'industriel français avait été réintégré.
L'Inde, troisième puissance économique d'Asie, est le premier marché d'armements parmi les pays émergents.