Entre
Christine Lagarde, la ministre des Finances, qui annonce « une tendance forte du redémarrage de l'économie » et Dominique Strauss-Kahn, le patron du Fonds monétaire international, le FMI, qui écarte tout « risque de nouvelle
récession aux Etats-Unis », l'heure était à l'optimisme hier. C'est que les chiffres publiés par l'Insee sont plutôt flatteurs. Dans la foulée de ses bons indicateurs, le Premier ministre a même prédit une croissance de 1,5 % en 2010 au lieu de 0,75 % prévu jusqu'ici.
Mais attention, préviennent les économistes, reprise n'est pas encore synonyme de sortie de
crise. Explication.
Les clignotants dans le vert
L'activité redémarre. Le rythme n'est pas très élevé mais le redressement entrevu depuis le début de l'année s'est confirmé au troisième trimestre, l'économie française ayant créé 0,3 % de richesses supplémentaires grâce, notamment, au plan de relance du gouvernement (prime à la casse, investissements publics…). Il n'y a plus lieu de parler de récession, donc. Pas de quoi verser dans l'autosatisfaction non plus, « le produit intérieur brut de la France étant aujourd'hui inférieur de 3 % à son niveau d'avant-crise », note l'économiste Nicolas Bouzou. Surtout, selon l'Institut national de la statistique (Insee), l'activité économique pour l'année 2009 resterait dans le rouge à - 2,5 %.
Les exportations reprennent. La France a bénéficié du regain de forme de l'économie allemande (0,7 %) qui absorbe, chaque année, la moitié de nos exportations. Nos importations, à l'inverse, ont enregistré un nouveau recul. Ce qui, une fois n'est pas coutume, est plutôt bon pour notre commerce extérieur.
Une inflation quasi nulle. En octobre, les prix n'ont augmenté que de 0,1 %, ce qui est une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat des ménages. Principale explication : le nouveau recul du tarif des matières premières (- 0,2 % en septembre, - 11,2 % sur un an) ainsi que celui des produits frais.
Les clignotants à l'orange
Une production industrielle convalescente. Les carnets de commandes des entreprises étant peu remplis, elle a encore baissé en septembre (- 1,5 %). « La situation est nettement meilleure qu'en début d'année puisque, à l'époque, l'économie française avait connu un véritable coup d'arrêt, ce qui n'est plus le cas maintenant », relativise, néanmoins, un économiste.
Une consommation stable. Un résultat un peu décevant puisque au trimestre précédent, les dépenses des Français qui servent, traditionnellement, de baromètre à l'économie, avaient augmenté de 0,3 %. « Qu'est-ce que ce sera en 2010 lorsque la prime à la casse, qui dope les ventes de voitures, aura disparu ? » s'interroge Alexander Law, chef économiste du cabinet d'études Xerfi.
Les Français épargnent comme jamais. C'est le pendant du faible niveau de consommation. Inquiets pour leur avenir, les particuliers reconstituent leur bas de laine. Certes, avec un taux d'épargne de 16,7 % au deuxième trimestre, les Français ne sont pas aussi endettés que les Américains, les Britanniques ou les Espagnols. Mais c'est autant d'argent que les ménages ne dépensent pas. Or qui dit hausse des achats, dit hausse de l'activité économique.
Les clignotants dans le rouge
Les entreprises n'investissent pas. Un signe évident d'attentisme, jugent les experts, les patrons préférant faire de la trésorerie plutôt que d'engager de nouvelles dépenses. Résultat, les stocks de marchandises susceptibles d'être vendues diminuent comme peau de chagrin. Une stratégie qui a coûté 0,1 point de croissance à l'économie française, regrette Nicolas Bouzou.
La flambée du chômage. Les destructions d'emplois ont quasiment stoppé (5 500 seulement au troisième trimestre après 271 000 au premier semestre). Mais le nombre de demandeurs d'emploi (2 424 500 fin septembre) ne cesse de progresser. « Ce n'est que lorsque la croissance atteindra à 1,5 % ou 2 % que les entreprises recommenceront vraiment à embaucher, avertit Alexander Law. Dans un premier temps, elles vont avoir recours à l'intérim et ensuite aux heures supplémentaires. »