Les petits actionnaires repartent à l'attaque contre Natixis. Selon nos informations, le cabinet Deminor de conseil aux actionnaires minoritaires, qui rassemble 600 petits porteurs, va assigner devant le tribunal de
Paris la banque d'
investissement, filiale commune des Banques populaires et de la Caisse d'épargne, pour « information trompeuse ».
Des centaines de milliers de particuliers se sont en effet sentis floués par les deux banques, dont les conseillers ont fait forcing pour leur vendre des
actions Natixis introduit en Bourse fin 2006 à un peu de moins de 20 € avant de chuter à moins 0,76 € cet hiver et qui vaut actuellement moins de 4 €.
« Maintenant les banquiers empêchent les clients de se défendre »
Problème : les Banques populaires et les Caisses d'épargne, réunies au sein du groupe BPCE, font tout pour freiner l'action en justice. « Non seulement les banquiers ont trompé leurs clients et leur ont fait perdre beaucoup d'argent, mais maintenant ils les empêchent de se défendre en ne leur donnant pas les documents dont ils ont besoin… » s'insurge Fabrice Rémon, le directeur général de Deminor. Or, pour attaquer en justice, le cabinet doit disposer des documents prouvant l'acquisition de ces titres. Des justificatifs copie ou bordereau d'achat d'actions que le groupe BPCE semble peu pressé de fournir. Au point que Fabrice Rémon vient de se fendre d'une lettre à François Pérol (lire le document ci-dessus), ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée nommé en février à la tête du groupe BPCE, pour lui demander de fournir enfin les précieux justificatifs. Selon Deminor, les arguments avancés par les réseaux des Banques populaires et des Caisses d'épargne pour refuser ou retarder l'accès à ces documents ne sont pas « crédibles ». Exemple le plus flagrant de ce qui ressemble fort à une stratégie d'obstruction : la Caisse d'épargne aurait répondu qu'elle fait appel à une société d'archivage qui aurait perdu ces documents.
Pour Fabrice Rémon, ce comportement est scandaleux : « Ces personnes ont été trompées une première fois quand les banques leur ont fait croire que Natixis était une valeur sans risque. Comme la plupart d'entre elles ignorent tout du monde boursier, elles ont fait confiance et ont perdu de l'argent. Aujourd'hui, en les empêchant d'obtenir ces fameux justificatifs, elles ont vraiment l'impression que les banques les abusent une seconde fois. »
Interrogée par notre journal, la direction du groupe BPCE n'a pas souhaité faire de commentaires. Rappelons que Natixis est déjà sous le coup d'une enquête ouverte par le parquet de Paris à la suite d'une plainte de 91 petits porteurs emmenés par l'Adam, l'Association de défense des actionnaires minoritaires présidée par Colette Neuville. Cette dernière dénonce « l'information financière faite par Natixis et les conditions dans lesquelles ces titres ont été placés auprès du public » lors de son entrée en Bourse en décembre 2006.
Environ 3 millions de particuliers ont subi des pertes considérables en achetant ces actions, présentées comme une valeur sûre, avant que le cours ne s'effondre.