« Lors de l'entretien avec la direction, on m'a seulement dit que j'allais recevoir des propositions de reclassement que je n'accepterai pas. » Déjà effondrée par l'annonce de son licenciement, Véronique Jacobé, employée depuis huit ans dans l'entreprise de textile Carreman, à Castres (Tarn), raconte qu'elle est restée « abasourdie » à la lecture des propositions qui lui ont été faites : 69 € brut par mois pour huit heures de travail six jours sur sept dans une usine en Inde. La proposition inclut un 13 e mois, une assurance médicale et une caisse de prévoyance.
« C'est tellement aberrant et inhumain que je ne comprends pas comment on peut faire des propositions pareilles ! » s'indigne cette employée de 44 ans, mère de deux enfants. « On savait qu'un plan de licenciements était en route, et pourtant, en février, je faisais des heures sup pour préparer les collections et servir les commandes des clients », soupire-t-elle.
« On range l'humain au stade de rien du tout ! »
Le reclassement dans une filiale en Inde, à Bangalore, a été proposé à neuf salariés . Tous ont bien sûr refusé. Sans toutefois oser dénoncer de telles pratiques. « Tout le monde a peur. Les salariés savent qu'il y aura d'autres licenciements mais ils se taisent car ils espèrent faire partie de ceux qui resteront dans la petite structure quand le reste de la production aura été délocalisé en Inde ou en Roumanie », explique Véronique Jacobé.
En l'absence de
syndicats représentés dans l'entreprise, c'est Edmond Andreu, secrétaire local de la
CGT, qui a révélé « ce scandale » : « On range l'humain au stade de rien du tout ! L'entreprise dit qu'elle applique la loi qui l'oblige à faire des propositions de reclassement. Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir proposé des postes à New York où elle possède une unité ? » « Je suis conscient que c'est stupide mais c'est la stupidité de la loi », s'est depuis défendu un des patrons du groupe, spécialisé dans le tissu haut de gamme. Après avoir externalisé et délocalisé une partie de ses activités, l'usine de Castres, qui a compté jusqu'à 700 salariés dans le passé, emploie aujourd'hui 150 personnes. Frappée par la
crise du textile, l'entreprise a procédé à des licenciements.
Pour les salariés visés, la pilule est d'autant plus amère qu'ils viennent d'apprendre que pendant qu'on leur propose de travailler en Inde pour 69 € brut, les commerciaux de l'entreprise sont prochainement invités avec leurs conjoints, comme chaque année, à un voyage d'affaires à Bora Bora.