Avec 4300 km d'autoroutes en
France, le groupe
Vinci gère plus de la moitié du réseau sous les enseignes ASF, Cofiroute et Escota. A compter de mercredi, les usagers acquitteront un péage en hausse de 2,33% en moyenne sur ces trois réseaux. Pierre Coppey, le patron de Vinci Autoroutes, justifie cette augmentation et détaille les investissements prévus en 2012.
Les automobilistes doivent déjà affronter l'envolée du prix du carburant. Cette nouvelle hausse des péages mercredi était-elle indispensable?
Il faut savoir que le prix de nos péages augmente moins que l'
inflation qui a été de 2,5% en 2011. Avec 2,33% en moyenne, Vinci sera donc en dessous. La hausse sera précisément de 2,53% pour Cofiroute, 2,42% pour ASF et 2,05% pour Escota. Outre l'inflation, l'augmentation finance les investissements demandés par l'Etat, ainsi que la Taxe d'aménagement du territoire qui va aux lignes de trains déficitaires.
Ne craignez-vous pas de perdre des clients?
Mais nos usagers sont très satisfaits, comme le montre le baromètre de satisfaction réalisé chaque année par l'Association française des sociétés d'autoroutes (AFSA) sur l'ensemble du réseau. La note globale est de 8 sur 10. Le problème est que notre secteur souffre d'un décalage important entre le discours des médias et des politiques et la perception des automobilistes qui est meilleure.
Ces derniers n'ont-ils pas le sentiment d'être des vaches à lait?
Avec le péage, seuls les utilisateurs payent, pas l'ensemble des contribuables. On montre souvent la privatisation du doigt, mais, dans le secteur autoroutier, elle a généré 20 milliards d'euros de recettes pour l'Etat et permis le transfert de 10 milliards d'euros de dettes. C'est autant qui ne pèse pas sur les déficits publics et sur l'impôt. S'il y a une leçon positive de la crise de la dette, c'est qu'elle commence à donner au grand public une idée exacte du coût de l'argent et des investissements nécessaires.
Quel va être le montant de vos investissements en 2012?
Environ un milliard d'euros. Depuis huit ans, Vinci a injecté 9,4 milliards d'euros dans le réseau. Notre groupe est le premier investisseur en France en termes d'infrastructures routières. En 2012, nous allons notamment terminer les 50 km manquants sur l'A 89, entre Lyon et Bordeaux, pour un coût de 1,3 milliard d'euros. Nous sommes également chargés du contournement de Montpellier, un chantier de 20 km en zone urbaine, ce qui explique le budget de 800 millions d'euros de ce projet.
Parmi vos chantiers les plus coûteux figure le tunnel de l'A 86, entre Rueil-Malmaison et Vélizy. Quel est le bilan?
C'est effectivement le tronçon autoroutier le plus cher jamais réalisé puisque ces dix kilomètres ont coûté 2,2 milliards d'euros. Il est fini depuis un an. En moyenne, 18000 automobilistes l'utilisent chaque jour, avec des pointes à 28000. Mais, pour un tunnel, il faut sept ans afin que le trafic arrive à maturité.
Quelle place accordez-vous à la préservation de l'environnement?
La loi impose de plus en plus de normes dans ce domaine, ce qui explique aussi la hausse du coût de la construction. En ce qui concerne Vinci, le paquet vert représente un investissement de 750 millions d'euros sur trois ans, dont 300 millions en 2012. Nous avons lancé notamment une « écorénovation » des aires de repos, qui s'est traduite par l'installation de 700 toilettes autonettoyantes. Et puis, avec les associations spécialisées, nous travaillons à la préservation des espèces telles que la chauve-souris ou l'écrevisse à pattes blanches.
Quelle est votre action dans le domaine de la sécurité?
Il faut distinguer deux niveaux. D'une part, celui des usagers. Le sujet est délicat car chacun a sa propre perception de la notion de sécurité. Concrètement, nous avons récemment renforcé l'éclairage sur les aires de repos. D'autre part, la sécurité de nos agents est primordiale. Chaque semaine, nous déplorons le heurt d'un véhicule d'intervention par un conducteur assoupi. Sur un Paris-Marseille, les moments de somnolence cumulés d'un conducteur peuvent atteindre vingt minutes! Nous avons donc lancé une grande campagne de prévention sur la somnolence au volant avec l'hôpital de Garches (Hauts-de-Seine).
Allez-vous innover au niveau des aires de service qui sont très fréquentées?
Oui. C'est d'autant plus important que les ventes de carburant ont baissé de 7% à 8% en 2011 car les voitures consomment moins. En revanche, la consommation augmente dans les boutiques. Notre objectif est de développer sur le réseau la présence de marques de centre-ville, telles que Paul ou Daily Monop, qui rencontrent un grand succès.