Plus personne n'en doute. 2009 sera une année terrible pour le
chômage. On prédit déjà un taux proche des 10 %… voire plus en 2010 et 2011. Dans ce contexte, la publication, hier, des dernières statistiques est presque sans surprise. En trois mois, le taux de chômage selon le Bureau international du travail (qui prend en compte toutes les personnes disponibles recherchant un
emploi) a explosé : un bond de + 1,1 point, portant à 8,7 % le taux de la population active (en âge de travailler) sans emploi en métropole (9,1 % avec les départements d'outre-mer) au premier trimestre contre 7,6 % au quatrième trimestre 2008. Une hausse d'une ampleur inédite depuis la création des statistiques de l'Insee, soit en 1975.
Les intérimaires sacrifiés
Cette hausse n'a rien de très étonnant. Car après l'onde de choc de la
crise financière, une rafale de plans sociaux s'est abattue dans tout le pays. Des milliers de licenciements, moins visibles et pourtant plus nombreux, s'accumulent aussi dans les petites entreprises prises dans la tourmente. Sans compter les dizaines de milliers d'emplois intérimaires, notamment dans le transport, la construction, l'automobile, qui sont les premiers sacrifiés sur la liste. Les populations les plus touchées ? Au premier chef, et comme à chaque crise, les jeunes, notamment les hommes, sont les plus fortement touchés. Par manque de qualification ou d'expérience. Mais aussi parce que les entreprises sont plus occupées à licencier qu'à embaucher. Les 25-49 ans ne sont pas épargnés. Ils prennent la crise de plein fouet, surtout s'ils travaillent dans l'industrie, les services aux entreprises et la finance qui sont les secteurs qui licencient le plus. Autre fait marquant, celui-là concerne les personnes dites en sous-emploi (ayant un emploi mais disponibles pour travailler plus et voulant le faire). Leur nombre ne cesse d'augmenter, une hausse résultant « principalement » du chômage partiel, qui concernait plus de 180 000 personnes au premier trimestre, note l'Insee.
Est-ce que cela va durer ? Loin de faire de la surenchère, les économistes s'accordent sur des prévisions pessimistes : un taux de chômage à 10 % d'ici à fin 2009 et à 10,7 %, voire 11 % en 2010. Et ce, même si la reprise pointe son nez. Car comme l'expliquait il y a quelques semaines la ministre de l'Economie Christine Lagarde, « les experts évaluent à quatre trimestres le décalage entre la reprise d'une économie (NDLR : attendue dans le meilleur des cas fin 2009) et la reprise de l'emploi ». Et la ministre de répéter hier : « C'est une situation qui va perdurer », tout en tentant de se rassurer sur le dos des voisins… L'Espagne ou la Grande-Bretagne connaissent en effet des situations « beaucoup plus douloureuses ».