A 63 ans, la journaliste intègre un poste taillé sur mesure, de directrice éditoriale, au sein de la version française du site d’information américain The Huffington Post.
( (AFP/MIGUEL MEDINA.) )
Dans la série télévisée « The Good Wife », une belle quadragénaire troque ses habits de femme au foyer contre sa robe d’avocate au moment où les frasques sexuelles de son procureur de mari font la une des journaux. En quittant l’ombre sulfureuse de son époux, l’héroïne retrouve le goût du travail… et son amour de jeunesse.
Anne Sinclair ne connaîtra peut-être pas le même destin, mais semble emprunter le même chemin. A 63 ans, elle vient d’être nommée directrice éditoriale de
la version française du site d’information américain The Huffington Post, qui se lance ce lundi. Une renaissance médiatique et professionnelle pour l’épouse de Dominique Strauss-Kahn, neuf mois après le scandale du Sofitel. Il y a un an, elle accompagnait son mari dans les dîners officiels de Washington.
Aujourd’hui, c’est DSK que l’on verra au bras de sa femme dans les coteries parisiennes.
« On peut observer dans ce retour sa volonté de sortir d’une sorte de huis clos, de ne plus être regardée comme la femme de Strauss-Kahn et de maintenir son identité personnelle », commente Alain Hertoghe, coauteur, avec Marc Tronchot, de la biographie « Anne
Sinclair, femme de
tête, dame de cœur » (Editions Calmann-Lévy). Elle va rester Madame Strauss-Kahn mais redevenir Anne Sinclair.
« Ce virage ne serait pas arrivé si DSK était resté patron du FMI », remarque un proche de l’homme d’affaires Matthieu Pigasse, coactionnaire du groupe le Monde auquel le Huffington Post est adossé.
Dans un long entretien au magazine « Elle », le premier depuis le début de l’affaire, Anne Sinclair ne dit pas autre chose. Pour le reste, elle botte en touche, distille des réponses maîtrisées et assume : « Personne ne sait ce qui se passe dans l’intimité des couples et je dénie à quiconque le droit de juger du mien. Je me sens libre de mes jugements, de mes actions, je décide de ma vie en toute indépendance. » Il n’empêche.
Les affaires du Sofitel et du Carlton ont précipité son retour au journalisme. Qui l’eût cru il y a quatre mois, quand l’ex-star du « 7 sur 7 » de TF1 est revenue en France avec un mari pénalement blanchi? « A aucun moment, pendant notre enquête, jusqu’en septembre, nous n’avons appris qu’elle avait l’intention de reprendre son métier de journaliste », assure Marc Tronchot, coauteur de sa biographie. Son envie était vague, rien de précis. « C’est Matthieu Pigasse, ex-collaborateur de DSK à Bercy et ami intime de la famille, qui en avait envie pour elle et a fini par susciter sa propre volonté de redevenir journaliste. »
Anne Sinclair retrouve son métier à un poste en vue, taillé pour elle dans le cadre d’un projet qui se veut utile au débat politique et probablement, selon certains,… au soutien de
François Hollande en vue de l’élection présidentielle. La journaliste sera la vitrine de cette version française du site Internet américain d’informations Huffington Post. Avec toute l’équipe, elle tiendra conférence de presse au siège du journal « le Monde », demain à Paris, pour détailler son nouveau rôle dans ce site mixant informations, divertissement, opinions et blogs écrits par une variété de grandes signatures. Rien à voir néanmoins avec la grande époque de « 7 sur 7 », où la séduisante femme aux yeux bleus, réputée pugnace et déterminée, rassemblait plus de dix millions de téléspectateurs et jouait les confidentes cathodiques du gotha politique, économique et artistique. Elle n’avait quitté l’antenne que lorsque DSK, épousé en 1991, était devenu ministre de l’Economie et des Finances.
Elle a ensuite poursuivi notamment à France Inter, Canal + et RTL avant d’animer un blog quotidien depuis les Etats-Unis, s’éloignant progressivement du chaudron médiatique. « Anne Sinclair éprouve un grand plaisir à reprendre son métier, elle s’est tout de suite impliquée, précise un membre de la direction du Huffington français. Ce qui la séduit, c’est de puiser dans son réseau de contacts pour convaincre des personnalités, de droite ou de gauche, de devenir contributeurs. En même temps elle n’a pas envie de s’imposer des contraintes. Elle n’a pas de bureau particulier, n’en a pas demandé. Anne impressionne les huit jeunes journalistes de la start-up. Elle est
speed. Comme le rédacteur en chef, Paul Ackermann, est un Suisse au calme olympien, cela forme un bon équilibre! » Son statut au sein du site devrait aussi s’avérer suffisamment souple pour lui permettre de s’effacer ponctuellement quand son mari reviendra dans l’actualité. A moins qu’elle ne le souhaite pas. Dans la troisième saison de « The Good Wife », l’héroïne avocate a quitté son mari, redevenu procureur. Et elle l’affronte dans les prétoires.